essai tableau

     


Les roses fauves, Carole Martinez

 

Carole Martinez nous a déjà plongés, avec ses premiers romans, dans un univers bien à elle, mélange de rêves confondant la réalité, ou l’inverse, pointe de féerie, poudre d’odeurs, grain de folie, pincée de romantisme, histoires d’amours, le tout baignant dans une poésie foisonnante… il faut adhérer à tout cela, se laisser porter, entrer dans l’imaginaire de l’histoire pour l’apprécier pleinement.

Nous avons donc retenu la langue poétique, la sensualité, le surnaturel, dans cet entrelacs de filiation des mères, de destins croisés, de retours en arrière… à se perdre parfois.

Cette construction met en scène Lola et ses nombreuses ascendantes, l’auteure elle-même, de vieilles femmes cancanières, une logeuse aux petits soins pour l’auteure, un couple d’autrefois dont l’amant jardinier-poète est le personnage d’un film en cours de tournage,  et ce W.D.H dont on ne sait plus qui il est : un acteur possédé par son personnage ou une réincarnation. Le tout se laisse envahir petit à petit par ces roses fauves, folles et entêtantes. Tout cela  a pu parfois apparaitre confus ou au contraire comme étant  une magistrale construction de roman.

Nous avons remarqué la justesse des descriptions des sensations, la surprenante métamorphose de Lola, l’apparition de Pierre/W.D.H, acteur/amant/ancêtre qui arrive tel un chevalier dans le jardin de Lola.

Nous avons été interrogatives à propos de cette coutume ancestrale espagnole, qui consiste à enfouir pour l’éternité, des petits mots secrets écrits sur de petits papiers, dans des cœurs en tissus tous aussi ravissants, et qui se transmettent de mères en filles. Mais avec l’interdiction de les ouvrir.

La notion du destin, de la fatalité a été évoquée.

Cela a pu être perçu comme un poids sur la vie des descendantes, un héritage empoisonné, une attache forcée au passé d’une autre. Peut-être est-ce pour cela que Lola finit par brûler ces cœurs et se libérer de telles entraves ?

 

                                         

 

 

 

Marion MONTAIGNE

  

Une fois n’est pas coutume, nous avions mis à notre programme une BD.
Qui s’est, après analyses et recherches, plutôt désignée, album graphique.

La nuance se situant au niveau du dessin, de la pagination, du texte.
Album graphique donc qui a été majoritairement apprécié par nos lectrices.
Toutes y ont trouvé une docu-fiction nous permettant de comprendre ou du moins d’approcher
cette part de science très pointue de la recherche spatiale, cela avec humour et dérision.

Thomas Pesquet nous est apparu comme une espèce de surhomme, mais aussi comme l’anti
héros de l’espace, idée sans doute véhiculée par le ton décalé de la narratrice.

A la première lecture, certaines ont trouvé la pagination un peu fouillis, dense, perturbante pour
lire une BD.
D’autres n’ont pas vraiment apprécié les quelques images de cet humour scatologique de
l’auteur, ni son dessin très simpliste.

Toutes ont reconnu avoir appris beaucoup de choses. C’est un ouvrage de vulgarisation.
Regrets de ne pas pouvoir approfondir le pourquoi et le devenir de ces recherches et voyages.
De Marion Montaigne, nous recommandons les interviews « tu mourras moins bête »

 

Dans la combi de Thomas PesquetDans la combi de Thomas Pesquet - Dans la combi de Thomas Pesquet

 

 

 

Michel del Castillo

 

Michel del Castillo est un écrivain français, d'origine espagnole, auteur d'une trentaine de romans, d'une douzaine d'essais et de trois pièces de théâtre.

« La guitare » est son 2° roman.

 C'est un roman, noir,  écrit sous forme de journal, d'un homme difforme, « un nain d'une laideur monstrueuse » , de sa naissance à sa mort dramatique. Rejeté par tous, y compris sa famille, il tente de se faire accepter sans y réussir et pense avoir trouvé dans la musique, à travers sa guitare, consolation et moyen d'approcher les autres mais ce sera sans succès. 

L'impression générale est qu'il s'agit d'un roman dur, un cri, que le personnage n'attire pas la sympathie et, après ses tentatives de se rapprocher des métayers et ses échecs, qu'il tombe dans la violence et la méchanceté, comme pour se conformer à l'image monstrueuse qu'on attend de lui.

Seule sa guitare devient une amie, au point qu'il la nomme comme une personne et la musique  lui permet d'exprimer une sensibilité humaine mais sa destruction précédera de peu sa propre fin tragique.

Les interpellations du narrateur qui s'adresse, dès le début du roman, aux lecteurs sont perçues comme dérangeantes et agressives.

Les lectrices ont perçu ce roman comme une fable liée aux thèmes de la différence, du destin. L'auteur cite d'ailleurs Thomas Mann « on ne veut jamais que son destin».

L'écrivain écrit en français dans une belle langue et les descriptions de la nature, de la mer et des paysages de la Galice ont été  appréciées.

 

 

 

 

Marin Fouqué       

 

Marin Fouqué  diplômé des beaux-arts de Cergy, vit en Seine-Saint-Denis, anime des ateliers d'écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit de la poésie, du rap, des nouvelles, et compose sur scène des performances mêlant prose, chant et musique.

 

« 77 » : Chaque matin les six adolescents du village se retrouvent au point de ramassage scolaire. Le narrateur ne montera pas dans le car scolaire, il va rester seul au bord de la route, sous l’abribus, sous sa capuche, toute la journée. À regarder passer les voitures. À laisser son regard se perdre sur les terres du “sept-sept”, ce département vague entre Paris et la province, entre boue et bitume, où les villes sont de simples bourgs et les champs de mornes étendues de camaïeu brun. A évoquer des souvenirs et le chemin qui l’a amené à cette situation.

« G.A.V. » : Une nuit dans un commissariat, à chaque cellule sa voix : Angel à l’étrange sourire ; une jeune femme soumise au harcèlement quotidien d’un entrepôt ; des émeutiers ramassés à la fin d’une marche pour le climat ; un vieux manifestant brutalisé ; un cadre en dégrisement ; un flic exténué ; un adolescent souffre-douleur… Parias d’une nuit ou d’une vie, ils n’ont rien à déclarer, mais un destin à endosser, des circonstances à ressasser, une colère à exprimer, des espoirs à ranimer.

 

Dans notre groupe de lectures, la plupart des participants ont été dérangés par la forme : langage évoquant un langage de rap au point qu'il y a eu des essais de lecture à voix haute pour tenter de rentrer dans cet univers.

Ces livres ont été perçus comme « coups de poings» portant un regard noir sur des phénomènes de société mal connus (banlieue de la campagne parisienne défavorisée hors de celle des cités et parias des gardes à vues), porteurs de colère et de tristesse.

C'est une vraie œuvre littéraire d'un auteur qui nous a plongés dans un univers inconnu de la plupart d'entre nous, avec un style fort, original et de qualité.

L'auteur est-il  observateur de cette détresse ou l'a-t-il ressentie lui-même ? Est-il un lanceur d’alerte, un « porte-voix de ceux qui ne parlent pas » ?

Les nombreux entretiens que Marin Fouqué a eus avec les médias, notamment sur YouTube, nous donnent quelques clés pour essayer de comprendre cet univers et les raisons de l’auteur de nous ouvrir les yeux sur ce monde.

 

77 - Marin Fouqué - Babelio          G. A. V. - Marin Fouqué - Babelio 

 

 

 

Nancy Huston

C’est d’abord la structure du roman qui séduit… et/ou déstabilise.


Toute la force de ce roman repose un peu sur cette structure. Il peut être lu dans le sens proposé ou dans un désordre que chacun pourrait choisir.

Et cela donne un tout nouvel éclairage à cette histoire racontée par quatre voix, toutes âgées de 6 ans, à des époques différentes, mais toujours imprégnée des thèmes de la recherche d’identité, de la transmission, de la construction de soi, des secrets de famille.
Les non-dits … qu’est ce que cela engendre? … semblent être à la source de beaucoup de souffrances.
On voyage à travers les générations, les pays, les cultures.
Chaque personnage traverse une guerre.
Chaque enfant est confronté à des changements de pays, d’identité et de religion.
Ce roman se déroule entre 2004 et 1945, et fait référence entre autres thèmes, aux « fontaines de vie », poésie toute relative pour désigner les lebensborn.
Le sujet douloureux du devenir de ces enfants transplantés est développé dans une enquête de Boris Thiolay : "Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits".

 

Sécurité. Pour accéder au portail de votre bibliothèque, merci de confirmer que vous n'êtes pas un robot en cliquant ici.

 

 

 

Paolo Cognetti

 

9 participantes étaient présentes et 3 avaient fait part de leurs commentaires par courriel.

Résumé

Pietro, 11 ans, enfant de la ville, se lie d'amitié avec Bruno, un vacher, lors de vacances à la montagne au cœur du Val d'Aoste. Tous deux explorent et parcourent les chemins de la montagne, des alpages aux torrents, des forêts aux sommets. L'histoire de cette amitié va être racontée sur plus de vingt années.

Pietro va également découvrir son père, tel qu'il n'est jamais à la ville, passionné par la montagne et la conquête des sommets mais attentif à son fils et souhaitant partager sa passion avec lui.

Dans leurs vies, Pietro et Bruno vont aller vers des voies différentes, s'éloigner, se retrouver...

On découvre au cours du livre des blessures, des renoncements qui nous font cheminer dans la découverte des personnalités.

Le troisième personnage omniprésent est, bien sûr, la montagne qui façonne des êtres au point de bouleverser leurs vies.

Le titre provient de la parabole donnée par un népalais à Pietro : huit montagnes entourent le plus haut sommet le Summeru :  qui «  aura le plus appris ? Celui qui aura fait le tour des huit montagnes ou celui qui sera arrivé au sommet du mont Summeru ? « 

Commentaires

Ce roman a été unanimement apprécié.

« Beau roman authentique qui nous ramène à des valeurs essentielles. 

C''est un livre sur l'amitié, sur la difficulté de communiquer, un livre sombre et pessimiste.

Les personnages féminins, apparaissent en second plan mais sont très importants : trois beaux portraits de femme : la mère du narrateur qui est solaire et représente l'ouverture de la famille vers l'extérieur, la femme dont on plaint le destin et la mère si silencieuse de son ami Bruno.

Sont soulignées les descriptions somptueuses  qui nous font vivre les sensations dans la montagne : sons, odeurs, couleurs, visions des paysages...et la beauté de la langue avec un style épuré (d'autant qu'il s'agit d'une traduction).

Beau roman, une ode à la montagne maîtresse des hommes qui la hantent. C’est aussi un roman sur l’amitié d’enfance qui perdure au-delà des différences, sur l’impossibilité d’être heureux dans les circonstances et les choix qui s’imposent aux habitants d’un village enclavé, comme tant d’autres sans doute.

C’est une histoire sans histoire, une vie racontée avec une certaine tristesse.
C’est l’histoire de la découverte du père, de la solitude, de la recherche d’un art de vie, une vie faite de moments de nature, de montagne.
Chaque personnage donne un son différent et profond à cette recherche. Le père apaisé lorsqu’il grimpe, la mère riche de ses relations de ses lectures, de sa bienveillance, le fils entre les deux, attiré mais allergique aux projets de son père, Bruno enfin, le seul vrai montagnard tellement en osmose avec elle qu’il s’y délite.

Évidemment, le personnage principal est la montagne, dont on souligne la beauté et  la rudesse.

Cette montagne est vue sous deux angles  : celle du vacher qui y est installé et décide, envers et contre tout, d'en vivre jusqu'à l'échec et celui du voyageur qui va la gravir, y compris à l'autre bout du monde.

Ce livre a évoqué certaines références littéraires : l'amitié de Marcel Pagnol et Lili dans ses souvenirs d'enfance, Heidi et le roman de Silvia Avallone qui abordait le sujet des villages perdus de la vallée d’Aoste et la tentative de certains jeunes de faire revivre l’élevage dans « Marina Bellezza ».

A l'issue de la réunion,  quelques conseils de lecture :

Climax de Thomas B. Reverdi                                  Flammarion

Le cerf-volant de  Laetitia Colombani                     Grasset

Un été infini de Laura Sorasso                                 Parole

 

 

Sécurité. Pour accéder au portail de votre bibliothèque, merci de confirmer que vous n'êtes pas un robot en cliquant ici.

 

 

Philippe Besson image

 

 

 

 Les œuvres de Philippe Besson

 

Les personnes présentes à la réunion de la rentrée qui a eu lieu le 27 septembre ont lu:

Arrête avec tes mensonges, Un certain Paul Darrigrand, Dîner à Montréal, Se résoudre aux adieux, Le dernier enfant, Vivre vite, Un personnage de roman, De là on voit la mer, Les passants de Lisbonne, et une nouvelle parue dans 13 à table: un film de Douglas Cirq.

A la lecture des titres cités, nous avons retenu une écriture sensible qui traduit avec finesse des émotions, passionnelles, désespérées, mélancoliques. Certains ont noté des redites, si bien écrites malgré tout, et des descriptions un peu crues. Le dernier opus nous a touchées, l’auteur ayant le don de se mettre dans la peau d’une femme, avec autant de justesse, ce qui a balayé la banalité du sujet, pour nous les mamans qui avons forcément vécu ce passage douloureux du départ d’un enfant de la cellule familiale. L’ensemble du groupe a beaucoup apprécié cet écrivain sensible et talentueux.